Le fonds photographique Poyet est en danger ! par F.Dumelié

Chaque cellule contient environ 500 clichés

Les milliers de boites de plaques de verre qui le constituent ont séjourné pendant près de 80 ans dans le grenier de la maison de Jean Poyet, subissant le froid, l'humidité, la chaleur excessive sous le seul abri des tuiles du toit.
Lors du sauvetage du fonds, en 1987, seule une grande partie de la poussière recouvrant les empilements de boites a été enlevée. Jusqu'à présent, aucune action de restauration n'a pu être envisagée, et désormais il y a urgence. Il est probable que si l'on ne fait rien, la dégradation continuera au même rythme, lent, mais irrémédiable.
 
Nos demandes d'aide auprès des pouvoirs publics sont restées sans réponse. En effet, il semble impossible à la Région, au Département, de financer un tel sauvetage qui représente un investissement que nous avons chiffré à environ
40 000 €. Or l'investissement n'est pas finançable par les institutions...
 
Curieusement, nous savons que le fonctionnement du CRI de Nancy (conservatoire régional de l'image) est financé totalement par la Région Lorraine, abrité qu'il est dans un immeuble parfaitement équipé...Sans doute n'avons-nous pas su, jusqu'à aujourd'hui, nous y prendre pour nous faire entendre.
 
Une chose est sûre, c'est que si rien n'est fait, nous serons devant un cas de non assistance à patrimoine en danger...
 
Mais ne dramatisons pas : grâce à la Municipalité d'Ay, nous disposons d'un local certes rustique, mais où au moins le fonds est à l'abri, dans une pièce construite et isolée spécialement pour lui, même si nous sommes loin des conditions nécessaires à la pérennisation d'un tel trésor.

Les boites d'origine, en carton relachant des émanations acides devront être remplacées par des boites en carton neutre, particulièrement onéreuses.

Quelles sont les dégradations les plus fréquentes dans le fonds Poyet ?
Le décollement de la gélatine de son support de verre comme on le voit ci-contre sur cette vue de la traversée d'Epernay par les fameux « taxis de la Marne » au début de la guerre de 14-18.
Hors traitement humide très risqué pour lequel nous ne sommes ni assez compétents, ni équipés, et qui consiste à décoller la gélatine pour la recoller sur un nouveau support, la solution la plus simple est le recouvrement par une deuxième plaque de verre qui sera fixée par un cavalier adhésif au support.

Beaucoup plus grave, et malheureusement souvent irrémédiable, nous rencontrons à partir des années trente le mélange de négatifs en acétate de cellulose avec les clichés sur verre. Sous l'effet de l'humidité, celui-ci se décompose littéralement, en libérant de l'acide acétique.

 

Nous avons ainsi des trous parfois considérables dans la collection, car lorsqu'une boite est atteinte, les plaques non mitoyenne du film d'acétate de cellulose sont rongées par l'acide libéré.

Voici par exemple l'effet sur deux prises de vues dont l'une a été polluée, et pas l'autre.

Et parfois, le sort s'acharne : pollution par l'acétate ou le nitrate de cellulose (abandonné en 1934, car il était explosif !) ET décollement de la gélatine...

 

Il n'y a aucune dramatisation dans notre propos, mais seulement le désir de mettre en évidence l'importance de la mise en œuvre de moyens financiers et techniques pour assurer la pérennité d'un fonds photographique tout à fait exceptionnel.

 

Une note d'espoir pour terminer : les innombrables boites encore non explorées contenant les négatifs sur plan-films (grands formats) ou les négatifs en rouleaux de format 18 x 24 mm des successeurs de Jean Poyet sont en parfait état, et seuls ceux en couleur ont subi les dégradations chimiques dues au temps, mais le traitement informatique pour les restaurer existe et est accessible... Il faudra seulement du temps, et beaucoup de bénévoles pour terminer l'exploration de cette énorme masse documentaire...

Voici le texte de l'appel que nous avions lancé dans les colonnes de l'Union le 25 octobre:

 

Voilà 15 semaines que nous vous présentons le fonds photographique Poyet, - plus de 100 000 clichés – sauvé de la destruction il y a 22 ans.

Nous vous avons déjà à plusieurs reprises indiqué sa composition : 95 000 portraits d'habitants de deux cents communes autour d’Epernay, un peu plus d'un millier de clichés sur le monde du Champagne, et le reste se répartissant entre images à caractère local – les accidents de voiture en font partie – actualités, manifestations diverses.

Chaque semaine, nous vous avons présenté en raccourci quelques aspects de cette collection inestimable, et les réactions recueillies nous assurent de l'intérêt que le public des lecteurs a porté à ces présentations.

Tous ces clichés, la plupart sur plaques de verre, sont actuellement stockés dans leurs boites d'origine, en carton de mauvaise qualité, et surtout diffusant dans le temps, des vapeurs acides qui peuvent nuire aux négatifs. L'ensemble des boites est rangé dans des classeurs à clapets en tôle d'acier, rachetés il y a 20 ans aux Domaines, et qui souffrent pour beaucoup de la rouille.

Le local mis à notre disposition par la Ville d'Ay est certes appréciable, mais sans équipement permettant de contrôler température et hygrométrie.

Autrement dit, le fonds Poyet est en danger, et ainsi que le titre le catalogue de l'exposition de présentation de ce fonds photographique, il s'agit là d'un trésor régional d'une valeur historique inestimable.

Jusqu'ici, nous n'avons réussi à obtenir aucune aide matérielle des pouvoirs publics,  à part la subvention de 320 € que nous accorde la Ville d'Ay chaque année, comme elle le fait pour toutes les associations de la commune et qui participe au fonctionnement de notre association pour une partie de ses frais courants.

La vente des clichés commandés par le site nous a permis d'acquérir un appareil photo numérique de qualité et un scanner permettant de faire des numérisations en haute définition. Mais ces faibles moyens ne permettent absolument pas d'envisager le début de transfert des plaques dans des supports adéquats.

Nous lançons donc un appel aux dons. Pour mettre le fonds Poyet en sécurité, nous avons chiffré le transfert dans des boites en carton neutre et leur rangement dans des caisses en aluminium à près de 40 000 €. Bien entendu ne sont pas comptées dans cette somme les milliers d'heures de travail que suppose ce transfert et qui sera effectué par les bénévoles.

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