Jean Christophe Hanché : Autre regard, par Pauline Godart

Entre coups d’audace et rencontres fortuites, Jean-Christophe Hanché, photographe rémois oscillant d’ici en ailleurs et de drames humains en intimes expressions de bonheur, s’est construit une place hors des circuits. Une bonne étoile semble le suivre qui fait pulser sa vie, affinant toujours son sens de l’autonomie, sa conquête d’idées et son insaisissable envie de bouger... le monde avec lui.

Cathédrale de Reims, photographie argentique

Jean-Christophe Hanché avance de parenthèse en parenthèse, multipliant les expériences et conscient que la vie va ainsi : succession d’élans et de bilans le poussant à explorer des terrains divers, du mythique reportage aux sages émotions, tiraillé entre l’esthétique de son travail et ce que celui-ci peut raconter. Car depuis l’enfance et ses premiers clichés, plus que l’encombrement technique, il cherche pour chaque déclenchement un résultat empreint de profondeur et de spontanéité.
 
Il fournit, dès ses premiers pas dans le monde de la photo, suivant une flopée de personnalités dans l’intimité de leur visite à Reims, un travail de qualité. « Je me souviens tout particulièrement de Jean Baudrillard et de sa perspicacité : j’ai été bluffé par la pertinence du regard qu’il a porté sur mes clichés ». Une rencontre plutôt encourageante pour le photographe qui, entre humilité et pudeur assumées, s’étonne encore des honneurs d’un public aussi admiratif qu’atteint parfois d’une pesante curiosité. Suivront quelques mariages, du packshot en studio et l’envie, beaucoup moins alimentaire, de se lancer dans de plus grands projets. Ses échanges et l’intimité instaurée avec un cinéaste hollandais, Johan van der Keuken, tandis qu’il le suivait de près dans son travail, lui ont donné la clef : Jean-Christophe Hanché, dont l’envie de mouvement avait jusqu’alors été écartée, devait partir pour mieux rebondir dans la réalité.
 
Des images aux voyages
 
Les clichés de son 1er voyage, une expérience humaine intense à laquelle il prendra goût dans un camp de réfugiés au Sierra Leone, sac au dos et sans point de chute, n’intéresseront personne. « J’ai tout de suite compris les contraintes d’une actualité à laquelle il faut sans cesse coller. Sans elle, difficile de progresser ». L’ONG rencontrée sur place, Première Urgence, le contactera cependant deux ans plus tard pour une commande dans les camps de réfugiés palestiniens au sud-Liban.
 
Jérusalem Est, photographie argentique
Vallée de l'Ardre, photographe argentique
 
Le photographe était lancé, enchaînant un reportage sur les SDF et les Restos du Cœur, un bidonville de roumains à la Courneuve, un autre pendant la guerre d’Irak et des départs réguliers pour Sangatte, d’où il rapporte l’inhumanité régnant dans une forêt d’âmes errantes et esseulées. Son dernier voyage en mai 2009, dans le plus grand camp de réfugiés au monde (300 000 personnes survivant à Dadaab, au Kenya, entre manque d’hygiène, de nourriture et perte d’identité), a fait l’objet d’un livre présentant en images l’épiphénomène d’un conflit politique solvable à échelle mondiale.  « Si je peux trouver l’info et montrer des faits, tout le monde peut s’y intéresser et en parler. Je continue de croire qu’il n’y a pas de fatalité : l’histoire l’a prouvé, tous les murs peuvent tomber ».
Désireux cependant d’effacer l’image de « reporter sans frontière » qu’on lui a collée, le rémois garde les pieds sur terre et veut également fixer les évènements de proximité. « Pour le public, la misère en Afrique relève presque de la normalité. Travailler sur des projets locaux permettrait de révéler la responsabilité collective face à ces situations souvent niées ». Se refusant au spectaculaire et n’usant pas du pouvoir choc des photos pour marquer la conscience du public, J-C Hanché leur préfère la vision d’une vie ordinaire ; les petites choses du quotidien traduisant mieux la profondeur de l’humain – quitte à prendre le spectateur par la main pour le faire entrer dans la réalité d’une idée imprimée – que le scandale et la misère donnés à lire au premier regard.
Vous pouvez retrouver une sélection des photographies de Jean-Christophe Hanché sur son site internet :
www.jeanchristophehanche.com
 Le livre « DADAAB » regroupant les photos de son dernier reportage sur le plus grand camp de réfugiés du monde est actuellement disponible en librairie
ou par correspondance en envoyant votre règlement de 25€ à :
JC Hanché
BP 2098
51100 Reims
Dadaab, le plus grand camp de réfugiés du monde
 
Salzbourg
 
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