Jacques Mathieu : par Francis Dumelié

Il a a l'habitude de dire que le photographe scolaire est le portraitiste du pauvre...

C'est avec une certaine émotion que Jacques Mathieu nous présente sa première tireuse contact bricolée avec des bouts de novopan et avec laquelle il fit ses premières cartes photographiques comme ci-dessous, il y a plus de 45 ans !

Comme dans beaucoup de destins professionnels, le hasard, les rencontres ont fait de Jacques Mathieu, jeune ajusteur travaillant dans une entreprise qui fabriquait les premières boites noires des avions, un amateur photographe passionné de prises de vues et de techniques de laboratoire.
Pendant son service militaire en Afrique, il devient le photographe de son régiment et tire le portrait des appelés du contingent.
De retour en France, il se marie à Reims et travaille quelques années comme ajusteur à Reims Aviation, mais la petite graine photographique va rapidement germer sur un terrain si favorable. A la naissance de sa fille, il bricole la tireuse présentée ci-dessus, et avec un appareil prêté par un copain, fait ses premières carte. L'une d'elle est envoyée à l'ancienne institutrice de sa femme devenue directrice qui en retour lui demande de venir réaliser des photos dans son école. Sa première école.
Après avoir été totalement dissuadé de se lancer professionnellement dans ce secteur d'activité par un photographe en place à Reims – le créneau de la photo scolaire étant paraissait -il pris par de très grosses entreprises – Jacques Mathieu ne tient aucun compte de cet avis et se lance.
Les débuts sont très difficiles, et par manque de moyens, il lui arrive même de mettre son appareil en gage au crédit municipal en attendant d'être réglé par ses clients...
Vite débordé par les demandes – nous verrons un peu plus loin les raisons de ce qui pourrait, à première vue sembler un miracle de réussir dans un secteur si concurrentiel- il est d'abord aidé par son épouse à la prise de vue. Pendant une quinzaine d'années, ils ne se consacrent qu'à la prise de vue, faisant faire les développements et tirages par un laboratoire parisien.
En 1978, Jacques Mathieu crée son propre laboratoire, et ne trouvant pas sur le marché le matériel qui lui semblerait optimal, il le fabrique, aidé par un professeur d'école technique, Monsieur Sylvere Cadel et par Christian Lantenois, ajusteur aussi de formation, qui est maintenant reporter à l'Union.
Nous avons eu le privilège de voir ce matériel, d'un niveau technologique surprenant qui lui permettait – en résumant beaucoup- de faire au tirage ce que les objectifs en tourelle permettent de faire à la prise de vue, sortant ainsi des planches de photographies comportant plusieurs formats sur la même feuille.

L'un des vieux Pentax avec chargeur de 250 vues utilisé dans les écoles par Jacques Mathieu et ses collaborateurs.
Dans les ateliers Mathieu cohabitent pour encore quelques temps la vielle machine ci-contre, qui sort les images en rouleau et la nouvelle, ci-dessous, beaucoup plus compacte, moins gourmande en produits chimiques, la protection environnementale étant l'une des priorité de l'actuel dirigeant, le dernier fils de Jacques Mathieu, David.

Traitement informatique et préparation des commandes

En En visitant l'entreprise, nous avons été frappés par la recherche permanente de la qualité, par la modernité, par l'innovation.
Le passage au tout numérique s'est fait il y a presque dix ans, apportant à l'entreprise une productivité incroyable. Chaque année, L'atelier Mathieu édite 160 000 prises de vues. A titre de comparaison, rappelons que le fonds Poyet, constitué de 1902 à 1985 comporte 100 000 clichés...
Et pour revenir sur son succès, il est en filigrane dans la charte affichée dans l'atelier que nous ne saurions reproduire tant elle servirait à la concurrence, mais que nous pourrons résumer en quelques mots : sérieux, rapidité, qualité des prises de vues, comme si rien n'était jamais acquis, et amour des enfants indispensable pour saisir de manière vivante les jeunes frimousses...
Et il faut reconnaître que d'être guidé dans ces locaux par Jacques Mathieu lui-même est une leçon d'enthousiasme en même temps que de modestie.
Une note amusante pour finir, contrairement à ce que l'on pourrait croire, la photo scolaire devient souvent dans les familles le seul tirage papier que l'on ait des enfants, la banalisation de l'image numérique se contentant d'un stockage sur le disque dur des ordinateurs, sans rien à « toucher »...
 
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Suite des photographes d'aujourd'hui avec Jean Christophe Hanché