La carte postale illustrée. Procédés d'impression en 1908. suite de l'article paru dans le n°6 de notre revue.

 

Nous y avions abordé assez longuement la technique de la phototypie qui, malgré ses performances esthétiques incontestables, ne permettait pas d'imprimer en une seule opération l'image et le texte, celui-ci devant être " déposé " par une deuxième opération typographique dans la réserve prévue à cet effet sur l'image. A titre de rappel, voici une carte postale réalisée en phototypie sur laquelle les textes ont été imprimés en dehors de la zone de l'image.

 

Malgré un fort grossissement, la qualité de l'image reste exceptionnelle, le seul grain qui apparaisse étant celui du carton sur lequel l'image a été imprimée.

La Photogravure : citons à nouveau l'article paru dans la revue Cosmos en 1908 :

 

" On opère d'après une vue positive sur papier que l'on tire à nouveau sur une plaque au collodion en interposant entre l'objectif et la plaque un quadrillage très fin, gravé sur verre. L'image obtenue est composée d'une série de petits points qui correspondent aux vides du quadrillage. Le négatif sur collodion est ensuite pelliculé, et derrière cette pellicule est insolée une plaque de cuivre recouverte d'un mélange de colle de poisson, d'albumine et de bichromate d'ammonium dissout dans l'eau. Après insolation, on dépouille l'image à l'eau froide, puis à l'eau chaude, à nouveau à l'eau froide, et enfin dans l'alcool. Une fois sèche, on la cuit. On plonge alors la plaque de cuivre ainsi impressionnée dans une solution de chlorure ferrique ; cette solution attaque le cuivre dans les parties non recouvertes par l'enduit albumineux ; les blancs de l'original viennent alors en creux, et les noirs en relief. On tire une épreuve, et si elle n'est pas assez nette, on fait une nouvelle morsure après avoir nettoyé le cliché à l'essence de térébenthine pour enlever l'encre. Le cuivre est alors découpé et fixé sur un bloc de bois.

L'agrandissement d'un détail montre bien la trame de l'image composée de points noirs plus ou moins rapprochés les uns des autres.
La trame est d'autant plus grossière qu'il s'agit d'une édition bon marché.
Ainsi étaient les trames des images des journaux quotidiens jusqu'à une date peu lointaine .

On s'en sert comme d'une forme typographique ordinaire pour les tirages sur rotative ou sur minerve, par unité, par deux, par quatre et tous autres multiples. Les tirages importants par 24 ou 32.
Les clichés photogravés sont généralement connus sous le nom de similis. Ils présentent un grave inconvénient : il est, en effet, nécessaire de les tirer sur des papiers barytés, papiers couchés ou au moins satinés.
En effet, si l'on utilisait des papiers à grain, si menu que soit ce grain, ou même simplement des papiers mats, il se produirait ceci : ceux des points formant l'image sur le cliché qui se trouveraient sur des inégalités creuses du papier ne viendraient pas au tirage. Il y aurait des manques. Or le papier glacé présente cet inconvénient énorme, de boire l'encre, ce qui produit le plus fâcheux effet. Aussi, la simili n'est-elle employée que pour les cartes postales à bon marché.
Pour la reproduction à grande échelle, qui fatiguerait les clichés, on reproduit ces derniers sur cuivre à un certain nombre d'exemplaires par les procédés galvanoplastiques ordinaires.

Image tramée d'un journal quotidien de 1955


Procédés photomécaniques au bromure

 
Voici le tirage photographique par excellence. En effet, il ne s'agit plus comme dans les cas précédents, de la reproduction d'une vue sur un cliché phototypique ou photogravé, destiné à multiplier la vue par un tirage à l'encre. Ici, le négatif photographique agit directement sur le papier sensible et le tirage ne diffère, en somme, des procédés courants de la photographie que par sa perfection, son ampleur, et l'emploi de la machinerie.
On se sert pour les tirages au bromure, de papier fort, baryté. Ce papier est soumis à un surbarytage, puis émulsionné par des bains spéciaux dont la formule est rigoureusement tenue secrète. Il est ensuite séché. Ces opérations ont généralement lieu deux jours avant celui où le papier doit être utilisé ; mais ce délai peut être réduit, dans les cas urgents, de plus de moitié, grâce à des séchages à haute température.
Le papier ainsi préparé en rouleaux de 200 ou 300 mètres de longueur sur une largeur de 50 cm, est engrené dans la machine rotative proprement dite, au long de laquelle il va subir les diverses opérations successives qui feront, de l'immense bande, une suite d'images artistiques.
Les premiers rouages de la machine amènent le papier au-dessus d'une sorte de châssis dans lequel se trouvent solidement fixés vingt clichés négatifs ordinaires. Quand la longueur de papier nécessaire a recouvert entièrement le châssis, le mouvement de la machine s'arrête. Automatiquement s'allument des lampes électriques très fortes, dont la lumière , agissant à la façon du soleil dans les opérations photographiques courantes, agit sur les clichés et impressionne la couche sensible que l'émulsion a déposée sur le papier.
La durée de l'éclairage est soigneusement calculée suivant la force des négatifs. La machine reprend alors son mouvement, et tandis qu'une nouvelle section de papier vient à son tour se faire impressionner, la partie de l'immense rouleau déjà transformée continue sa course et passe successivement dans différents bains de virage et de fixage. Il est ensuite séché à une température de 60 ou 80°C. Il est évident que ces opérations s'accomplissent dans des salles rigoureusement obscures.
Après séchage, le papier est découpé au massicot suivant le format ordinaire de la carte postale, 9x14 cm. On imprime les indications au verso, puis la carte est, suivant le cas, envoyée au coloriage ou livrée de suite au commerce.

Carte postale éditée par Combier Imprimerie Macon.

Ce n'est ni plus ni moins qu'une photographie, dont la vue de détail ne décèle aucun grain.

Le coloriage est fait au patron ou poncif par l'emploi de feuilles minces de Celluloïd découpées suivant les contours des différentes couleurs. Dans certains cas, les cartes sont glacées soit par pressage, soit par enduit de gélatine ; quelques fois, pour les cartes de grand luxe, les tranches sont dorées.
De tous les procédés utilisés pour la reproduction des images photographiques, le procédé rotatif est, sans contredit, le plus parfait.
Ce procédé est la propriété exclusive de quelques grandes Sociétés qui l'emploient avec plus ou moins de perfectionnements et qui gardent jalousement leurs procédés de fabrication.
On utilise également ce procédé pour la reproduction de ces petits tickets offrant des vues ou des portraits de célébrités que certains marchand de chocolat ou d'autres produits donnent en prime à leurs acheteurs.
Le prix de gros des cartes postales varie suivant le procédé de reproduction ; il est actuellement de 1,50 fr à 10 francs le mille (3,75 à 25 €) pour la photogravure ; de 13 fr à 25 francs (32,5 à 62,5 €) pour la phototypie ; de 55 fr à 115 francs (137,5 à 287,5 €) pour le bromure.
Il faut rappeler pour mémoire le pailletage, fort à la mode il y a trois ou quatre ans, et que la poste dut interdire à cause des parcelles micacées qui se détachaient des cartes et se glissaient partout.
L'art n'a rien perdu à la suppression de ce procédé, pas plus du reste qu'au marasme actuel du chromo allemand aux tons criards et aux légendes baroques. Ces hideurs furent les premières atteintes dans la décadence de la carte. Hélas, ! le bromure est bien malade à son tour, en tant que reproduisant des scènes de fantaisie, et l'on peut prévoir, presque, le moment où dire carte postale, ce sera dire, sans risque d'erreur, vue photographique. P.Galland

Nous reviendrons dans un prochain numéro sur les débuts de la photogravure, car avant d'utiliser des trames que nous qualifierons de "matérielles", car constituées par un réseau gravé sur une plaque de verre, un certain Monsieur Gillot inventa un procédé qui devint le "guillotage", première technique utilisée industriellement pour l'impression des images photographiques, et ce, en 1886, et qui ressemble curieusement à la technique des trames dites "aléatoires" inventées par l'informatique et supprimant le phénomène de moirage bien connu des sérigraphes, mais n'anticipons pas ...

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