Le fonds photographique du Musée d'Epernay par Jean-Jacques Charpy ,Conservateur du Patrimoine au Musée d'Epernay
 
 
Le département photographique du Musée d'Epernay est composé de deux parties distinctes. La première concerne la documentation d'archive sur ou autour des collections. La seconde comprend des tirages papier ou des négatifs qui composent une petite partie des collections municipales.
 
Le fonds d'archives documentaire
 
C'est lui qui fait appel aux techniques les plus modernes et ne comprend que des documents réalisés à partir des années 1930. Il est principalement composé de clichés numériques (environ 65 000) qui documentent la partie réalisée de l'inventaire informatique. Chaque objet a été photographié sous différentes incidences afin d'en révéler certains détails. Aux côtés de certains d'entre eux figurent même des clichés radiographies liés aux traitements de restauration.
A cela s'ajoutent les archives photo-graphiques des recherches archéologiques menées par les multiples donateurs. Elles sont souvent l'œuvre d'amateurs (André Loppin, Pierre Guillaume, Robert Doublet et de nombreux anonymes) mais nous renseignent sur l'état de certains monuments, sur des situations particulières de fouilles ou nous permettent de constituer un trombinoscope des acteurs de l'archéologie régionale. Deux d'entre eux méritent d'être cités. Le premier est l'abbé Pierre Favret pour qui les talents de photographe sont reconnus dès 1908 à l'occasion des fêtes de béatification de Jeanne d'Arc. On possède même certaines diapositives émaillées sur verre qu'il utilisait lors de conférences publiques. Le second est André Merlino, photographe dont le studio était installé rue de Reims à Epernay et qui a été l'un des premiers, sinon le premier localement, à faire des clichés aériens des fouilles (ex. Vert-Toulon) d'André Brisson dès la sortie de la seconde Guerre Mondiale. A côté des
photographes amateurs, le musée a utilisé les services et les talents de professionnels
locaux qui, outre André Merlino déjà cité, sont essentiellement MM Christian Bedoy (1983-1992) qui officiait à Aÿ et depuis Patrick Guérin à Epernay. Ils ont à eux deux réalisé plusieurs milliers de clichés principalement sous forme de diapositives.
 
Le fonds photographique de collection
 
On peut le sérier en deux ensembles. Le premier est composé presque uniquement de tirages papier et rassemble des documents issus de plusieurs donations et d'achats récents, voire de documents de travail. Le second n'est constitué que de clichés réalisés par l'atelier Poyet d'Epernay.
 
- Le fonds ancien de tirages

Fig. 1 : Mme Colin : photographie de cette centenaire de Montmort prise en 1888. (n° inv. 928.39.01.)

Sa constitution débute au tournant du 20e siècle par la création, au musée d'une galerie de portraits des Maires et Adjoints de la Ville (environ 10 tirages) puis, elle s'est trouvée complétée, entre 1930 et 1939, par une seconde galerie de portraits d'hommes liés au champagne (Edouard Werlé) ou de personnalités (Dr Albert Verron, chirurgien de l'hôpital d'Epernay d'ailleurs signé J. Poyet cf. fig. 3). C'est à Edmond Henry, Conservateur et Bibliothécaire, que l'on doit cet enrichissement d'une cinquantaine de tirages photographiques. Le hasard de quelques donations a fait entrer d'autres tirages (ex ci-dessous fig. 2 ou fig. 5).

Fig. 2 : M Claude Chandon de Brialles. L'auteur du cliché, extrême fin 19e ou début 20e s. est Paul O'Doyé, photographe parisien probablement d'origine irlandaise dont le studio était installé 49, avenue Victor Hugo à Paris. (inv. 916.01.103bis) : ce superbe portrait, très révélateur fixe les traits du personnage : le collectionneur (les céramiques de biscuit de Wedgwood qui sont dans la vitrine ont été léguées au musée en 1916), le charme feutré de la bourgeoisie, l'homme élégant aux côtés "British", le dirigeant s'informant par la presse.

Ainsi trouve-t-on en 1928, un tirage d' E Labbé, figurant le portrait réalisé le 26 août 1885 à l'occasion du centenaire de Madame Colin (1785-1886), une habitante de Montmort (fig. 1).
Issu des archives de l'abbé Favret, on trouve une série d'une cinquantaine de photographies aériennes de 14-18 illustrant les destructions de Reims, le front dans le secteur de Vouziers (Ardennes) ou encore l'utilisation des gaz sur le front de la Somme. Elles témoignent de la fascination des merveilleuses machines volantes qui animait l'esprit de l'ancien conservateur du
musée d'Epernay. On peut ajouter une série de photographies positives et stéréo-graphiques laissées par Arnold van Gennep, le fondateur de l'ethnographie moderne française dont la fille fut bibliothécaire à Epernay (1941-1972).
Plus récemment, on a acheté quelques reproductions du photographe agéen Franjoux dont une a été reproduite, il y a une dizaine d'année, aux Rencontres photographiques d'Arles : contrôle de gendarmerie dans un campement nomade à Aÿ (circa 1900). A l'occasion de deux expositions, le fonds photographique du musée s'est enrichi de trois tirages noir et blanc de Gérard Rondeau (Le piqueur, Place de la République et le café Konia de Bernon) et de deux cibachromes du photographe fribourgeois René Bersier.
 
- Le fonds Poyet (fig. 4)
 
On a gardé pour la fin l'acquisition, faite par "Les Amis du Musée" en 1990, d'un lot de quelque 600 clichés sur plaques de verre ou support souple provenant du fonds Poyet. Cet achat s'est fait auprès d'un particulier. Il se compose essentiellement de plaques relatives à l'activité champagne (C.I.V.C., Couvreur, Duminy, Gardet, Giesler, Gauthier, Felix Potin, …) et à des événements sportifs ou patriotiques qui se sont déroulés à Epernay ou dans la proche région (Ballon Ville d'Epernay, fêtes sportives, accident d'une jeune parachutiste, course automobile en vallée de Marne, vues aériennes d'Epernay, prises d'armes au Quartier Margueritte,…).
 
C'est donc un fonds diversifié et témoin de l'activité ou d'événements locaux qui compose l'ensemble du fonds photo-graphique du Musée d'Epernay. Il s'y ajoute des documents qui couvrent l'histoire nationale et qui pour certains ont participé à des expositions créées par des musées (exemple à Narbonne "Bon vent, vent mauvais" avec la photographie de l'utilisation des gaz sur le front de Somme) ou des manifestations internationales comme celle citée ci-dessus sur une demande amicale de Gérard Rondeau.
Fig. 3 : Portrait de M. Charles de Cazanove, par Jean Poyet daté de 1903, ( n° inv. 934.28.03).

 

 

 

 

La signature de Jean Poyet en 1903, année de son installation.
Fig. 4 : Portrait de l'abbé Favret, sans doute en 1931, à la suite de la remise de la décoration d'Officier d'Académie.
Tirage original signé J. F. Poyet (non inventorié).
La signature JF Poyet correspond à la période pendant laquelle Fernand Poyet a travaillé avec son père, avant de s'installer dans le midi à St Raphaël vers 1950.(ndlr)

 

 

 

Timbre caoutchouc du studio Poyet.

Fig. 5 : Cliché (n° inv. 936.01.513) de Gustave Boscher daté de 1884 au plus tôt. Photographe parisien de studio, installé 40bis rue de Wagram. Il était photographe et peintre, membre de la Société française de Photographie de 1878 à 1894.

Le portrait figure Jules Claine (1856 Les Essarts le Vicomte - 1939 Paris), explorateur puis diplomate.

Peut-être que les deux hommes se sont rencontrés pendant leurs études aux Beaux-Arts de Paris ?

Jules Claine a été nommé citoyen d'honneur de la Ville d'Epernay le 28 décembre 1936 pour le don de sa collection.

Fig 6 : Portrait du Docteur Verron par Poyet

inv.2008.00.07

 

 

Retour au sommaire du bulletin n° 7
Retour au sommaire du bulletin n° 9