L'image numérique : progrès ou voie sans issue
En quelques années, le numérique a constitué une véritable révolution, au point de mettre de grands fabricants de films en difficultés tels Kodak, voire il y a maintenant plus de 10 ans de faire disparaître des entreprises plus que centenaires comme Guilleminot.
Le Numérique séduit : pas de consommables, coût dérisoire, progrès permanents dans la taille des images.
Récemment, dans une plaquette présentant le récent festival d'Arles de la photo de nu
( 6° édition du 4 au 14 mai 2005), Thierry Pinte, responsable du laboratoire Barytine écrit :

" Quand il n'y aura plus d'après...

La seule légitimité de l'image numérique réside dans son pouvoir de communiquer plus rapidement et de répondre aux adeptes du polaroïd.

Les autres applications tiennent de l'ersatz moderne du laborantin par son pouvoir transformiste de la vérité ou de l'incompétence.

Mais quand cette technologie, à seul but consumériste, aura cannibalisé toutes ses propres images par ses défauts de conservation, que restera-t-il alors de la mémoire iconographique et des souvenirs des photographes de toute obédience ?

Le photographe amateur, par manque de moyens ou de connaissance, perdra sa mémoire intime, celle-là même qui le construit, lui donne son identité et laisse des traces indispensables pour ses descendants.

Malgré les assurances données par les tests de vieillissement accéléré incomplets, contestés, sujets à caution par tout le milieu scientifique, les photographes ne peuvent espérer conserver leurs archives numériques familiales et émotionnelles que le temps de quelques saisons... et après, ce sera ce terrible silence de mort des images disparues pour des générations orphelines et sans mémoire.

... il n'y aura plus d'après, comme des tombes sans nom ! "

Ce phénomène de risque de perte d'archives est-il nouveau ?
Pas vraiment.
Nous connaissons tous les tirages couleurs des années 60 pâlis par la lumière. Les négatifs couleur, de même, subissent une dégradation irréversible
Pire... Lorsque les photographes professionnels remplacèrent les lourdes et coûteuses plaques de verre par des films en acétate de cellulose, la catastrophe fut bien vite irréversible : autodétruits avec le temps, les plans films intercalés dans des boites de plaques de verre, non seulement ont entraîné la perte des images qu'ils portaient, mais bien souvent, la moindre trace d'humidité à fait naître une sorte de colle détruisant les émulsions sur verre avec qui elles entraient en contact.
Le cinéma a connu les mêmes désagréments : films auto inflammables, déliquescence dans les boites, tout cela entraînant une perte définitive d'archives irremplaçables.
Actuellement, la numérisation nous permet de rendre accessibles à un coût minime une quantité importante d'images. Ainsi, dans les deux actions engagées par l'association à Nanteuil la Forêt et Tauxières, c'est grâce à la numérisation que nous avons pu dans un premier temps montrer au public les photos anciennes du Fonds Poyet, et " fixer " les documents qui nous ont été apportés.
Mais méfiance. C'est l'une des vocations de notre association de nous projeter dans le long terme de la conservation des images, et rien, dans ce domaine, ne remplacera jamais un tirage argentique bien fait...
Retour au sommaire n°1