Dans notre bulletin n° 3, nous vous annoncions cette importante manifestation parisienne, dont c'était la 10° édition et qui donc, dans notre société avide d'anniversaires et de commémorations, prenait une importance toute particulière…

A noter tout d'abord que Novembre à Paris, c'est le mois de la photo. Il s'agit d'une manifestation européenne qui a vu le jour en 2004 dans sept capitales : Paris, Berlin, Bratislava, Luxembourg, Moscou, Rome et Vienne et qui a pour ambition d'établir une reconnaissance internationale pour les artistes présentés dans chaque Ville.

Pour plus d'informations : Maison européenne de la Photographie , 5 rue de Fourcy dans le 4° arrondissement (01 44 78 75 00).

 

Paris Photo, donc, se déroulait au Carrousel du Louvre du 16 au 19 novembre. Mais pas de festival sans festival " off " pas d'exposition sans " expo off ", et la règle était respectée puisqu'à la gare de Magenta dans le 10°, se déroulait le mois de la photo-Off…

Je n'ai pas eu le temps de m'y rendre, la photo " In " ayant largement occupé ces quelques journées !

Une première promenade entre les stands, comme ça, presque au hasard, pour ressentir une impression immédiate m'a beaucoup troublé. Comme une impossibilité de percevoir dans cette quantité énorme d'images le moindre critère de choix, la moindre possibilité de classement.
Sans doute, j'ai reconnu tout de suite la photographie ancienne, celle du 19° siècle pas très représentée, m'a-t-il semblé, mais - et c'est sans doute l'effet de l'abondance - les présentations contemporaines me semblent parfois s'éloigner de ce que j'appellerai " la photographie " pour aller vers " l'art graphique " où montage, superpositions, retouches picturales me semblent réellement sortir certaines œuvres de ce qu'on appelle communément " La photographie ".
Ainsi cette oeuvre "photographique de John Batho datant de 1980. Le rapport avec la photo est-il évident ?
Parlons tout d'abord de l'abondance : 88 galeries étaient présentes, 18 éditeurs représentant 21 pays et mettant particulièrement à l'honneur les pays nordiques. Et 1800 photographes identifiables dans la table des matières du catalogue dont 500 sont présentés dans les différents stands…600 journalistes d'une trentaine de pays vont rendre compte…et plus de 40 000 visiteurs se sont pressés dans cette exposition pendant 4 jours.
Un deuxième passage dans l'exposition m'attire vers les étiquettes, et seule la densité de la foule des visiteurs m'empêche de tomber à la renverse…
La Galerie " Vu ", à Paris, propose par exemple un tirage argentique unique daté de 1964 d'une photographie noir et blanc prise en 1932 dans l'atelier de Georges Braque dans un format 30 x 50 cm pour 4500 €.
La même galerie offre à la convoitise des collectionneurs une série de 27 photomatons encadrés dans un format A4 (l'image elle-même a bien la taille d'une photo
d'identité). Série indivisible de portraits d'enfants tziganes pour 21 000 €. L'ensemble date de 1967.
Une vue de Paris prise en 1964 par un photographe suédois Christer Strömholm dans un tirage unique en 40 x 50 cm signé Christer Landegven est proposée à
25 000 €.
 
Je laisse la parole à Claire Guillot qui écrivait dans " le Monde " du 20 novembre :
" Plusieurs galeristes, surtout spécialisés dans la photographie contemporaine, affichent d'excellents résultats. L'Espagnol Max Estrella a vendu "tout le stand sauf une pièce". Le Français Baudoin Lebon annonce un chiffre d'affaires record, plus de 200 000 euros. Il a vendu 57 oeuvres de jeunesse de l'Américain Joel-Peter Witkin, de 4 000 à 15 000 euros. La galerie Les Filles du Calvaire a cédé deux pièces de l'Américain Paul Graham à 25 000 euros.
Sans doute porté par le thème de l'année, consacré aux artistes nordiques, le Finlandais Timothy Persons de la Taik Gallery (Finlande) se réjouissait autant de ses ventes - 15 grands formats d'Ola Kolehmainen à 9 500 euros - que de ses clients : "Ce sont en majorité des institutions... L'école du Nord est vraiment reconnue maintenant qu'elle entre dans les musées." Sur presque tous les stands, le contemporain affichait bonne santé... et prix en hausse : pour s'offrir une pièce du jeune duo danois Sondergaard/Howalt, il fallait compter de 7 000 à 15 000 euros. Leur galeriste, Martin Asbaek, a tout vendu.
Les grands classiques des années 1930 aux années 1950, toujours très prisés, avaient des prix presque raisonnables : 15 000 euros pour un Cartier-Bresson vendu chez Agathe Gaillard,
25 000 pour un portrait de Kiki par Man Ray cédé par Serge Plantureux.
Le regain d'intérêt pour les coloristes américains des années 1970 s'est confirmé, avec 27 tirages de Joel Meyerowitz, de 4 500 à 8 500 euros, vendus par l'Américain Edwynn Houk. Côté français, le coloriste John Batho, proposé par Yves Di Maria, n'est pas encore aussi populaire.
La photo s'est aussi vendue sous d'autres formes : livres rares, éditions signées, portfolios. Chez l'éditeur Steidl, un portfolio de l'artiste Ed Ruscha, tiré à 10 exemplaires seulement, a été vendu
80 000 dollars. Tandis que Toluca a écoulé 22 coffrets d'Andres Serrano, au design travaillé, à 12 000 euros pièce. "
La photographie ancienne n'est pas en reste pour des cotes étonnantes :
Cette photographie de Edward Steichen datant de 1904 titrée " In memoriam " est sans doute l'une des plus chère du Salon.
Elle est proposée à 500 000 € par la galerie 1900*2000 de Paris
Il s'agit d'une gomme bichromatée pigmentée sur tirage au gélatino bromure d'argent de 48 cm sur 39.
A noter que le Musée d'Orsay en possède un tirage.
Un tel prix qui pourrait paraître extravagant est pourtant conforté par la vente aux enchères en février dernier à New York d'une photographie de cet artiste " étang au clair de lune " datant elle aussi de 1904, qui est partie au prix de 2 600 000 dollars… (plus de 2 millions d'euros).
Toujours est-il que cette œuvre, proposée par la galerie " 1900 - 2000 " n'a pas trouvé preneur…

Malgré la première impression d'une absence de grandes tendances dans cette exposition, tant l'abondance et la diversité des œuvres exposées perd un peu le visiteur, une sorte de classement, résumé par quelques œuvres se fait jour.
Incontestablement, la photographie ancienne est marquée par des œuvres telle que " in mémoriam " qui est sans doute l'un des meilleurs exemples de ce qu'on a appelé le " pictorialisme "
Pour la création contemporaine, de nombreux photographes restent fidèles au noir et blanc qui permet sans doute plus que la couleur de " dessiner " avec l'objectif.

 

Roger Ballen, photographe américain représenté par la galerie Jackson Fine art d'Atlanta est caractéristique de cette tendance. Ici, la lumière sculpte l'image.

Autre Tendance très représentée là encore par les photographes américains, ce sont ces vues panoramiques aux couleurs saturées qui donnent une vision assez ironique de "l'American Way of Life" des années 60 - 70

 

Beaucoup de photographes tentent de créer une œuvre picturale qui s'éloigne presque de la photographie. Ainsi, par exemple, ce photographe, Ruud Van Empel, présenté par la Flatland Gallery, d'Utrech en Hollande qui avec sa Vénus flirte vraiment avec la peinture.

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Enfin, des choses d'une fraîcheur toute scandinave, instantanés de la vie, sans presque de mise en scène et dont les résultats sont aussi jolis sur le plan graphique que chromatique
L'auteur en est Alex ten Napel. Il est présenté par la galerie Tonpeek


Un dernier mot : Une seule galerie ouvre ses portes à la banalité de l'anonymat : La Galerie Lumière des roses, toute récente puisque fondée en 2005 à Montreuil, présente des œuvres de photographes amateurs et souvent anonymes des 19° et 20° siècle.
Ainsi, cette scène de plage de 1931… Mais n'oublions pas que le premier prix de ces œuvres est tout de même à 400 €. La photo de droite est à 800 €.
Vite à nos greniers… Ils contiennent des trésors.
Au sortir de cette très importante exposition, il m'est totalement impossible d'imaginer ce que sera la prochaine,
dont l'Italie sera l'invitée d'honneur en novembre 2007…

Est-il courtois de parler de ce que l'on n'a pas aimé du tout ?

Heli Rekula est une photographe finlandaise
qui semble aimer arroser ses modèles de sirop de sucre, de colle de pate ou de miel...
 
 

Quel intérêt esthétique dans ce collage d'une photo découpée sur carreaux ? Là encore, la colle utilisée participe à l'effet "esthétique". Le monsieur en arrêt a d'ailleurs l'air dubitatif, non ?

 

C'est sans doute le côté systématique qui énerve : chacun de ces portrait est couvert d'une plaque de verre qui, à postériori, a été brisée par un choc -par exemple sur un oeil du personnage -, puis collée à l'image. Comment ne pas penser aux oeuvres d'art faites de chaises prisonnières de bandes platrées ? ou pourquoi pas à ces délicieux cadeaux de fête de mères en pots de Yaourt et bouteilles plastiques ?

Dommage, les portraits étaient de qualité...

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