Sans objectif : De la photographie au moyen d'un trou d'aiguille.
" Je vous assure, Monsieur, que le trou d'aiguille adoucit les moeurs !...
Je regardai mon interlocutrice d'un oeil ahuri.
- Vous croyez que je plaisante ? continua-t-elle. Nullement. Jusqu'au jour où mon mari a appris à connaître votre procédé, il était souvent grognon, bourru, mécontent de tout. Depuis le 28 mars dernier, où, pour la première fois, il a essayé de faire une photographie avec le trou d'aiguille et réussi du premier coup un petit chef-d'oeuvre, il n'est plus reconnaissable : toujours gai, d'une humeur égale, même les jours de pluie !
- Même les jours de pluie ?
- Oui, Monsieur, même les jours de pluie parce que, ces jours-là, il fait quand même de la photographie. Avant de partir pour son bureau, il charge son appareil d'agrandissement, le place près de la fenêtre ouverte, le ferme à midi lorsqu'il vient déjeuner, et révèle sa plaque, le soir, tranquillement dans sa chambre. Avant hier, il m'a fait voir un magnifique portrait, agrandissement triple d'une photographie de ma mère ! C'est beau, ça, de la part d'un gendre, de faire un portrait agrandi de sa belle-mère !
- J'ai donc raison de dire que la photographie avec trou d'aiguille adoucit les moeurs, puisqu'elle entretient celui qui se livre à cette distraction dans une disposition d'esprit agréable à son entourage. Mais ce n'est pas tout : Maman m'a fait remarquer que, depuis que mon mari s'occupe de ce genre de photographie, sa santé semble s'être améliorée !
- Vraiment !
- Oui, Monsieur, il se porte certainement mieux : il a meilleur teint, les migraines sont beaucoup plus rares, les digestions plus faciles, l'appétit est excellent !...
- Allons, Madame, voilà une branche de la thérapeuthique que j'ignorais : la sténopé-photothérapie. Je suis heureux et tout fier de ce résultat que j'étais loin de prévoir . "
